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au Peuple Tibétain - 35

Parmi les arguments les plus fréquemment utilisés par le gouvernement chinois pour refuser toute négociation avec le Dalaï Lama et son administration, le thème du "Grand Tibet", dont ce dernier exigerait la reconstitution, revient régulièrement. Or il s’agit d’une contre-vérité patente, régulièrement démentie par les représentants tibétains et sur laquelle le Pr Samdhong Rinpoche vient à nouveau de s’exprimer.
D’abord explique-t-il, l’expression "Grand Tibet", qui n’a jamais été employée par le Dalaï Lama ou ses représentants, viendrait semble-t-il de l’habitude qu’avaient les géographes indiens de désigner des régions éloignées en leur accolant le préfixe "Mahā" qui signifie grand, mais utilisé aussi au sens de lointain. Ainsi Bhota, le Tibet, lorsqu’il est proche de la frontière avec l’Inde, devient Mahābhota lorsqu’il en est éloigné, tout comme Arañya la jungle lorsqu’elle proche d’une ville, devient Mahārañya lorsqu’elle en est éloignée. D’autre part, dans leurs relations historiques, le Tibet et la Chine avaient coutume de désigner leurs territoires sous l’expression honorifique de "Grande Chine" et "Grand Tibet", sans plus de précisions sur leurs frontières réelles (comme dans le Traité de paix de 822). Les Tibétains pour leur part distinguaient traditionnellement les régions de U-Tsang, Kham et Amdo , ou "Chokla Sum", les "Trois régions". Les autorités du Kuomintang furent tentées d’adopter la classification "Tibet intérieur" et "Tibet extérieur", indiquant les régions plus ou moins dominées par la Chine et celles qui jouissaient de leur indépendance, comme ce fût le cas pour la Mongolie. C’est d’ailleurs l’expression qui fût retenue ("Outer Tibet" pour le Tibet ) dans les documents de la Convention de Simla (1913-1914). Plus récemment, après 1979 ce sont les Chinois eux-mêmes qui ont ressorti l’expression Grand Tibet (Greater Tibet) pour désigner l’ensemble des régions habitées par des Tibétains, comprenant la "Région Autonome" et les différentes "Préfectures autonomes", parfois enclavées dans des provinces chinoises.
En réalité, affirme avec beaucoup de bon sens Samdhong Rinpoche, il n’y a pas de "Grand Tibet" ou de "Petit Tibet", mais un Tibet éclaté dont les habitants constituent l’une des 55 minorités
nationales de la République Populaire de Chine. Ce que demande le Dalaï Lama ,
et encore une fois avec un grand bon sens, c’est que :
1. l’ensemble des hommes et des femmes rassemblés dans les différentes structures dites "autonomes" bénéficient de la même loi et de la même administration autonome.
2. que les dispositions constitutionnelles (chinoises) sur l’autonomie régionale des nationalités soient authentiquement appliquées. Ces dispositions sont claires, écrites, et quiconque peut
s’y référer sans difficulté.
Répondant à l’argument selon lequel l’ensemble des régions tibétaines constituerait environ un quart du territoire chinois, qui risquerait donc ainsi d’échapper au pouvoir central, Samdhong Rinpoche insiste sur le fait que la taille ne fait rien à l’affaire, à partir du moment ou le Tibet accepte de rester à l’intérieur de la RPC. Ce sont en effet les dirigeants chinois eux-mêmes qui ont reconnu l’existence et fixé la superficie de ces différentes régions. Il ne s’agit donc pas d’une prétention territoriale exhorbitante, mais d’une question juridique qui peut se régler simplement par l’application des lois sur les minorités nationales, qui reconnaissent le droit à une administration unique. La proposition du Dalaï Lama comporte en effet un autre volet, de taille : il s’agit de l’acceptation de rester dans la structure de la RPC ! Cela s’appelle la "Voie Médiane" et l’on peut difficilement faire plus réaliste. Les différents gouvernements qui soutiennent une résolution pacifique de la question tibétaine seraient bien inspirés de convaincre leurs partenaires chinois d’accepter cette main tendue au lieu de s’épuiser dans une propagande calomniatrice de moins en crédible.
Jean-Paul Ribes
Paru le 30 septembre 2009 sur www.tibet-info.net
